Vanquish bayonetta vanquish bundle 10th anniversary first glissade
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Vanquish le cover shooter de référence

Temps de lecture estimé 7 minutes

Vanquish avait fait son petit effet lors de sa sortie en 2010. À une époque où les jeux de tir à la troisième personne s’embourbaient dans une routine qui commençait à sentir le renfermé. SOCOM, Lost Planet, Saints Row, Max Payne et Splinter Cell régnaient en leaders mous sur un genre où les coups d’éclats étaient plutôt rares.

Bien sûr, de temps à autres, quelques fulgurances, comme l’excellent Kane & Lynch: Dead Men venaient redonner des couleurs au genre et en particulier au sous-genre du TPS dont on parle ici, le cover shooter, mais peu peuvent se vanter d’avoir autant renversé la table que Vanquish lors de sa sortie.

Tout droit sorti de l’esprit de l’un des créateurs de jeux les plus vénérés, Shinji Mikami, le papa de Resident Evil, Vanquish avait décidé de donner un coup de vieux à toute l’industrie en s’imposant en tant que shooter ultra-vitaminé, hystérique jusqu’au bout du canon laser, et de forcer tous les jeux qui décideraient par la suite de venir jouer dans la cour à tenir le rythme.

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Micro-Ondes Suspectes Convoquent Odieux Ultimatum (M.O.S.C.O.U.)

Vanquish se déroule dans un futur proche, mais pas trop quand même, où la surpopulation terrestre oblige l’humanité à entrer en conflit pour les dernières ressources exploitables.

Les USA ont donc eu cette idée toute simple de construire une station spatiale géante capable de fournir une nouvelle énergie solaire à la planète. Mais évidemment, une vilaine faction dissidente russe s’empare de la station et envoie des micro-ondes sur San Francisco. Non pas dans le cadre d’une opération télé-achat visant à satisfaire les femmes au foyer mécontentes de leurs fours traditionnels, mais par le biais d’un putain de gros laser rouge à base d’ondes qui sont micro, qui va dévaster toute la ville.

Ils envoient alors un message à la présidente américaine (sosie presque perturbant d’Hillary Clinton) pour leur dire que… et ben s’ils se rendent pas et qu’ils disent pas que les Russes, c’est les plus forts, et ben ils vont tout casser les autres villes des États-Unis.

De toute évidence, ça ne va pas se passer comme ça et l’armée part reprendre la station, avec à ses côtés, Sam Gideon, un agent de la DARPA. Que signifie DARPA ? Très franchement, je veux bien vous le dire, mais ça va pas nous avancer beaucoup, alors, ça correspond à Defense Advanced Research Projects Agency. Bon soyons honnêtes, évidemment, on s’en tape un peu, de toute cette histoire. L’important, c’est qu’on va péter la gueule à des robots russes communistes en portant une super-armure capable de nous faire glisser dans tous les sens, d’arrêter les balles ET LE TEMPS, et qu’on pourra même fumer des clopes et faire des blagues de cul entre deux lancers de grenades parce que ça sert à rien d’avoir une super-armure si on n’a pas l’air cool à l’intérieur. Et quand je dis “cool”, je parle d’un type de cool très particulier qui n’a plus trop cours de nos jours, et que personne ne regrette vraiment…

Vanquish, Une Autre Époque

Tout n’a pas bien vieilli dans Vanquish. Déjà, son ton volontairement désinvolte, qui fleure bon le sexisme et l’apologie de l’alcool et du tabac, ses couleurs qui réussissent, malgré le remaster, la prouesse d’être simultanément criades et passées, même après le lissage graphique et son twist téléphoné paraissent très indigestes dix ans plus tard.

En revanche, en terme de performance, le passage en 60 fps est un véritable régal dans un jeu aussi frénétique, qui méritait bien ça. Mais on ne sait plus trop où se mettre, par exemple, lors des contre-plongées très gênantes sous la mini-jupe d’Elena, la geeke qui nous guide depuis la salle des ordinateurs.
On pouffe en levant un peu les yeux au ciel quand on entend le lieutenant Burns nous dire de nous “sortir les doigts du cul” au bout de trois minutes de jeu, où quand les soldats alliés hurlent des “enculés !” aux ennemis d’en face (qui sont des robots, je le rappelle, et sont donc très probablement assez hermétiques à ce genre d’insultes homophobes).
Mais on espère tout de même être devant une fiction qui a conscience de ses propres exagérations, et qui propose une sorte de double lecture où les héros sont aussi cons que leurs ennemis jurés. Malheureusement, n’est pas Starship Troopers qui veut et Vanquish ne confirme jamais vraiment sa volonté de jouer sur un quelconque second degré. C’est un peu gênant, mais ce n’est pas forcément ce qui nous intéresse ici.

Vanquish, Clever Shooter

Car ce n’est pas son scénario qu’on admire chez Vanquish mais bel et bien sa forme ou plutôt son style. Et du style, Vanquish en a à revendre.

Des idées de gameplay, il en a à la pelle et son influence se ressent encore aujourd’hui au sein de jeux sortis ces derniers mois. En octobre 2010, le TPS, et plus particulièrement le sous-genre du cover shooter, n’a pas beaucoup de représentants dignes de ce nom.
Uncharted 1 et 2 proposent une expérience correcte à ce niveau mais ne misent pas forcément lourd sur cet aspect précis du gameplay, Mass Effect 1 et 2 sont déjà plus enclins à exploiter l’aspect stratégique et les mécaniques liées à un système de couverture mais là aussi, il ne s’agit que d’une couche de gameplay au milieu de beaucoup d’autres, seul le Tom Clancy’s Ghost Recon: Advanced Warfighters 2 (2007) et Gears of War 1 et 2 avaient tenté de vraiment capitaliser sur du cover shooter tactique où une seconde de trop avec la tête qui dépasse de l’abri peut être fatal.
Dans Vanquish, le système de couverture, même s’il est parfois un peu capricieux, est au centre du gameplay. Cette fameuse armure que notre personnage porte lui permet tout un tas de prouesses surhumaines, comme celle de se propulser à une vitesse folle dans n’importe quelle direction, une fois lancé, le mouvement peut être accompagné d’un ralenti en mode bullet time qui vous autorisera à tirer des rafales avec une précision fatale, et comme si ça ne suffisait pas, on pourra finir par une belle pirouette acrobatique pour venir se repositionner à couvert ou lancer une exécution corps-à-corps à la force dévastatrice.

Et toute la chorégraphie survoltée du jeu tournera autour de la meilleure manière (et la meilleure, c’est toujours la plus classe) de sortir de couverture et d’y retourner. À partir de cette boucle de base, Mikami a construit une cathédrale de mécaniques de shoot aussi bien huilées qu’ambitieuses qui vous laisseront devenir un Dieu sur le champ de bataille, pour peu que vous arriviez à dompter la formidable puissance de votre armure.

Si le scenario est juste un prétexte à mettre en branle la traversée de la fameuse station spatiale, Mikami fait au contraire de gros efforts pour donner vie à cette immense cité en proie aux assauts des robots soviétiques.

La variété des décors, pas tant en terme d’apparence mais architecturalement parlant, est l’un de gros atouts du jeu, et on ne se contente pas d’y avancer bêtement à pied en allant tout droit. Notre voyage sera émaillé de destructions en tous genres, de véhicules à utiliser, et même de passages de stealth, ce qui n’est pas forcément très attendu (ni très réussi) au regard de la furie générale du reste du jeu. Que vous soyez en train de foncer sur un tronçon de route qui s’effondre sous vos pas, pris pour cible dans un wagon ultra-rapide par les ennemis d’un autre wagon qui vous arrosent en tournoyant autour du vôtre façon grand huit, piégé par un robot aux membres tentaculaires qui détruit vos abris les uns après les autres, ou engagé dans un combat entre deux ascenseurs concurrents, le danger ne viendra jamais de la même direction ni sous la même forme.

L’action haletante à l’œuvre dans Vanquish semble presque toujours bien pensée, en se montrant à la fois sévère envers le joueur ne se pliant pas aux contraintes de la couverture imposée et généreuse envers celui qui osera exploiter les quelques brèches dans les défenses ennemies. Pour résumer avec des expressions pourries le rapport au risque dans Vanquish, on pourrait dire que le curseur se trouve à exacte distance entre “Qui ne tente rien n’a rien” et “Qui fait le malin tombe dans le ravin”.

Barrez-Vous, Cons De Mimes !

Le cover shooter de Platinum Games se traîne tout de même quelques défauts. On peut commencer par une IA particulièrement nulle à chier quand elle est aux commandes de nos alliés.

Vous aurez quasiment en permanence des pnj amis de soldats à vos côtés, ils peuvent être utiles par moments pour entamer une horde ennemie trop fournie ou continuer à faire descendre la vie d’un sac à PV, mais la plupart du temps, les soldats alliés se font tuer sans oublier auparavant de se placer bien devant vous, précisément dans votre ligne de tir, dès qu’ils le pourront. “Cassez-vous !” hurlera Sam à chaque fois que cela se produira, à savoir TOUT LE TEMPS.
Heureusement, ces alliés vous gratifieront d’une arme quand vous les soignerez, et en revanche, les ennemis sont moins bêtes et tenteront de se cacher dès que cela leur sera utile et de vous contourner quand il sentiront que vous êtes trop statique.

Les boss sont quand à eux bien pensés, avec des phases intéressantes qui se dérouleront au fur et à mesure que vous les attaquerez, vous obligeant à changer de stratégie et à identifier rapidement les points faibles du moment. Mais même si le jeu nous les sert régulièrement dans des contextes différents (par deux, par trois, en zone ouverte ou plus exiguë…), leur recyclage un peu trop poussé est tout de même un tantinet dommage. À la fin de la petite dizaine d’heures de jeu de la campagne, les amateurs du genre se retrouveront néanmoins dans leur état préféré : lessivés, nerveusement à bout et en extase face à leurs propres prouesses dans la combinaison bionique de Sam Gideon.

On S’Était Dit Rendez-Vous Dans Dix Ans

Ce qui est intéressant, quand on rejoue à Vanquish dix ans plus tard, c’est aussi de voir l’impact que le jeu a eu sur ses successeurs. De The Division à Destiny, en passant par Warframe, dont les virevoltes de ninjas armés d’un flingue semblent directement découler du jeu de Shinji Mikami.

Dans Vanquish, vous n’utilisez pas plusieurs armes mais un gadget changeant de formes pour synthétiser celle que vous choisissez, tous ceux qui ont récemment joué à Control verront que l’idée a bien voyagé jusqu’en 2019. Les robots titanesques de Destiny semblent aussi presque calqués sur certains boss de Vanquish. Et sur une note plus globale, c’est le rythme même de Vanquish qui a placé la barre plus haut en terme de chorégraphie de gameplay. Certains préféreront des cadences plus terre-à-terre, notamment si on privilégie les approches tactiques longuement mûries, mais pour les inconditionnels de l’adrénaline, Vanquish aura marqué d’une pierre blanche l’arrivée du gaming dans les années 2010.

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Lisez aussi la critique de Malik sur Bayonetta