The Occupation un sujet profond au gameplay râté
Graphismes / ambiance8
Histoire9
Le jeu sort des sentiers battus9
Complexité de gameplay3
Les traductions3
6.4La note sur 10
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Temps de lecture estimé 8 minutes

Une enquête, des lieux à fouiller en mode furtif, un temps limité, une vérité à rétablir. Tout était prédestiné à me plaire dans The Occupation. Et pourtant …

Jeu : The Occupation Genre : Enquête en temps réel Studio : White Paper Games Editeur : SoldOut Distributeur France : Just For Games Date de sortie : 5 mars 2019 Plateformes : Playstation 4, Xbox One

The Occupation dans une histoire complexe

Scarlet Carson est employée d’un grand groupe qui édite un logiciel allant de paire avec une loi contre l’immigration. Farouchement opposée à ce projet, elle s’introduit de nuit dans la société dans le but de compromettre certains projets. Alors qu’elle rentre chez elle, une terrible explosion survient. Suite à cet événement et de nombreuses pertes, la loi mettant en péril les libertés civiles est en phase d’être adoptée. Parce qu’on ne rigole pas en Angleterre en 1987.

Vous incarnez Harvey Miller. En tant que journaliste, vous avez pour mission de découvrir la vérité. La détective Holden a déjà récolté quelques indices et une part de vérité. Il vous faudra retrouver les cassettes et recouper les informations avec vos nouvelles données pour découvrir les motivations de chaque protagoniste.

Tout porte à croire qu’un employé d’un grand groupe est le coupable. C’est en tout cas ce que disent les journaux. Quelles étaient ses revendications s’il en avait ? Est-il vraiment le coupable ? Scarlet Carson joue-t-elle aussi un rôle dans cette histoire ? Le directeur est-il vraiment hors de tout soupçon ? Mettre une action sur des poinçonneuses de bureau était-ce vraiment nécessaire ?
Vous allez devoir répondre à toutes ces questions, ou pas d’ailleurs. Car l’histoire se déroulera selon votre approche, votre discrétion, selon votre réussite pour trouver les indices et le tout dans un temps limité. Même si vous ne faîtes rien, le jeu avancera sans vous.
Présenté ainsi, ce n’est déjà pas simple, mais en réalité, ça l’est encore moins…

The Occupation vous avez un tuto ?

S’il y a bien une chose qui m’énerve dans les jeux vidéos d’actions récents, ce sont les tutos interminables qui vous expliquent comme à un enfant de 5 ans “comment avancer” ou “utiliser le menu dans un jeu”. Et bien dans The Occupation j’en aurai vraiment eu besoin !
Outre la prise en main dans The Occupation, ce qui est difficile c’est de comprendre la possibilité de ses actions. L’utilisation de la montre et du Tamtam (“Pager” dans le jeu, mais j’aime bien dire Tamtam, les vieilles et vieux comprendront) est hasardeuse au départ. Effectivement, on vous montre que vous avez des accessoires. Mais en plus d’ajouter du stress au niveau du temps, cela vous en fait perdre. En pleine exploration et avec un pnj dans les parages (Steve pour ne pas le citer), un bipbip soudain peut vous arracher un cri du fond des bois. Alors que le Tamtam vous dit qu’il faudra répondre à un appel à telle heure, vous cherchez désespérément un téléphone public. Et même si vous entendez la sonnerie, il n’est pas dit que vous le trouverez facilement.

Le son est en effet un problème majeur, ou un des problèmes de gameplay dans The Occupation. Alors que dans certains jeu, il est facile tout de suite de savoir de quelle direction provient le bruit, dans The Occupation, vous ne saurez même pas s’il provient de votre étage ou de l’étage annexe… C’est un stress complémentaire à gérer lorsqu’on est en pleine exploration dans des zones interdites.

Se repérer dans l’espace et le temps

Vous parcourrez quelques bâtiments dans The Occupation, et ils peuvent devenir de sérieux labyrinthes au premier abord. Une fenêtre à moitié ouverte, une porte non sécurisée, un ascenseur qui ne marche pas, oh une trappe ! et vous avez vite fait de perdre complètement le fil de l’exploration, même si à la base vous avez un bon sens de l’orientation.

Une carte du bâtiment aurait été vraiment utile pour se repérer. Pas une toute fournie, mais au moins une qui se dessine au fur et à mesure de l’exploration. Avec des points d’intérêts. Même griffonnée !
Dans The Occupation, vous devez avoir une mémoire et un sens aiguisé de l’observation. Tout en sachant bien sûr qu’un certain Steve qui fait partie de la sécurité, vous colle au cul. Certaines zones d’exploration sont autorisées, mais vous pensez bien que d’autres non. Un peu de précipitation et une alarme se déclenche ! Vous avez le temps de sortir de la zone, si vous ne paniquez pas. Mais bien sûr, ce n’est pas mon cas et Steve me rappelle gentiment à l’ordre, une fois, deux fois… puis il perd patience et même si vous n’avez pas fini de fouiller et de récolter des indices, tant pis pour vous, vous passez au chapitre suivant !

On n’est pas là pour rigoler dans The Occupation !

Le temps est aussi un facteur majeur. Vous avez une heure en temps réel avant un rendez-vous avec une personne pour l’interroger. Pendant ce temps là, vous vous occupez donc à fouiller et lire des documents secrets comme tout bon journaliste. Mais attention à bien vous repérer et à bien comprendre où est le lieu de rendez-vous. Sinon de la même façon, au bout de deux rappels, vous raterez le rendez-vous et vous pourrez passer à côté d’indices précieux. Il est alors important de bien utiliser sa montre, vous pouvez mettre un chrono.

Le court de l’histoire et son aboutissement peuvent être influencés par chaque indice manqué ou par votre comportement face aux pnjs. Ainsi, vous pourrez passer à côté de beaucoup de choses, et il ne sera pas possible de les rattraper dans l’histoire que vous jouez. A noter qu’il n’y a qu’une seule sauvegarde possible par partie.

De l’utilité du bloc note

Plus que la manette, bon d’accord au moins aussi important que la manette pour jouer, vous aurez besoin d’un bloc note. Vraiment, à l’ancienne. Même si vous avez un porte document interactif sur vous, vu qu’il est assez mal fichu et qu’il est à moitié traduit, je vous conseille fortement de prendre des notes à côté. En plus de noter les éléments importants, pour comprendre l’histoire, vous pourrez aussi noter les mot de passe, les numéros des pièces à intérêts. D’autres pièces où vous pourrez librement récupérer des données sensibles et enfin vous construire vous-même une superbe carte pour vous repérer dans l’espace.
Lors de ma seconde partie, j’ai hésité à le faire, car même si je connaissais déjà certains coins, j’étais tombée la première fois sur certains indices complètement par hasard. Je pensais pouvoir les retrouver facilement mais pas du tout.

Et pour les notes de mot de passe, ils sont bien sûr présents dans le porte document interactif, mais votre temps étant plus que précieux, il est plus rapide de l’avoir à portée, d’un coup d’œil. Les pnjs aussi faisant leur ronde, il sera facile de se faire prendre, si on passe trop de temps à un endroit interdit.

The Occupation, une double lecture

Comme c’est le cas pour certains films, The Occupation aura besoin d’être rejoué pour bien comprendre l’histoire en elle-même avec ses tenants et aboutissants. Il y a d’entrée de jeu beaucoup d’éléments à retenir et des dialogues importants entre les personnages auxquels vous ne comprendrez rien au premier abord. Lors d’une deuxième partie ces dialogues et le début du jeu seront beaucoup plus limpides.
Le jeu est assez cours, il se joue en temps réel, l’enquête en elle-même dure 4h découpée en plusieurs chapitres, plus quelques chapitres annexes. Vous passerez facilement une dizaine d’heures dessus si vous faites 2 parties.

La première partie jouée pour moi a été d’un flou gigantesque. Je n’ai que très peu compris de choses tant elles sont jetées à la volée et sont découpées de manière aléatoire. Vous revivez l’instant passé en ayant une voix off lorsque vous jouez Scarlet qui commente ses faits et gestes. L’enquête en revanche où vous incarnez Miller se déroule au temps présent en accumulant les indices laissés d’autres enquêtes précédentes. Mais de but en blanc rien n’est clair. C’est lors d’une deuxième lecture que vous y verrez plus clair.

On est en Angleterre, t’as qu’à parler anglais !


Je parle de lecture mais encore faut-il que les textes soient bien traduits… Il est monnaie courante dans les jeux indés que les traductions soient oubliées ou mal faîte. Je ne sais pas si cela ne concerne que le français mais je trouve ça vraiment dommage qu’une telle négligence passe encore. Surtout que l’histoire est assez profonde avec un sujet adulte qu’est l’immigration et d’ailleurs plus que jamais d’actualité. Ce n’est donc pas à la portée de tout le monde. En plus des oublis de traductions dans les textes et dialogues, une des typos utilisée ne supporte pas les accents. Vous vous retrouvez donc à retranscrire à la volée des points d’interrogations en milieu de phrases dans des dialogues qui passent rapidement… C’est super désagréable.

Le gameplay

En vue à la première personne, le personnage n’est pas difficile à prendre en main. En revanche il va falloir jouer du stick pour bien placer le curseur sur le minuscule crochet, la poignet de rideau, le bouton play d’un dictaphone ou encore pour sortir la disquette d’un ordinateur. Et encore je ne vous parle pas de l’ouverture d’enveloppe, décapsulage de document ou de l’ouverture de coffre. Dans PAYDAY c’était beaucoup plus facile ! Il est indispensable de bien placer le curseur et de sortir de la vue principale de l’objet pour faire des actions différentes par exemple. La vue est très importante pour mener des actions rapide (surtout que le temps est compté) mais ne vous attendez pas à tout maîtriser du premier coup, ni à comprendre même comment ça marche avant plusieurs essais (saleté de coffre !).
Outre les manipulations d’objets, il va falloir vous déplacer aussi dans les conduits d’aération. En fait ce n’est pas une obligation, c’est une possibilité de se la jouer Solid Snake. Vous ne rencontrerez pas de rats mais sortir ou re-rentrer dans l’aération sera aussi une toute autre affaire…

The Occupation un jeu novateur avec de vieux défauts

The Occupation n’est pas à la porté de tout le monde et le public visé est complètement indéterminé. Ce seront des personnes qui aiment fouiller, comprendre la profondeur d’une histoire et jouer les ninjas qui aimeront The Occupation. Et c’est mon cas, je donne un point hautement important à l’histoire. La découverte de la contrainte du temps réel est une surprise complète ! Au début de la frustration, elle permet ensuite une organisation plus certaine lorsqu’on connait les lieux. La façon dont sont organisés les aléas des pnjs est complètement aléatoire et correspond à ce que pourrait être une journée dans la vie de chacun de nous. C’est très réaliste. Ainsi, certains pnjs vont boire un café, remplir leur tasse d’eau fraîche, font des pauses pipi, passe des appels perso, etc. Ce qui vous permet à peu près de vous faufiler, encore faut-il qu’un autre pnj que vous aviez oublié ne vous surprenne pas ! Et je peux vous dire qu’après The Occupation, vous ne verrez plus les Steve de la même façon.

Rien n’est laissé au hasard et tout est propice à l’erreur comme dans la vraie vie. Ceci dit, ce n’est pas punitif comme This Is The Police 2, puisque vous pouvez avancer dans l’histoire. Il vous manquera simplement certains éléments. Le jeu est assez court pour avoir envie d’y rejouer et voir ce qu’on a manqué.

De bonnes choses innovantes donc dans la gestion du temps et des pnjs. Seulement, le jeu en devient stressant et frustrant par son gameplay approximatif. Alors qu’un usage à la souris, vu la précision qu’il demande aurait été parfait, le jeu ne sort que sur console ! Alors pourquoi ne pas donner l’option aux joueurs d’activer une aide ou non au maniement d’objet et aux déplacements. Si c’est pour ajouter du stress face au temps… ça peut s’entendre, mais je trouve ça plus frustrant qu’autre chose.

Un jeu avec de bonnes idées mais frustrant sur un gameplay mal maîtrisé

Même si The Occupation se déroule dans les années 80, il aurait été intéressant de penser un porte document ergonomique et facile d’utilisation à la manette. Les traductions approximatives font souffrir le jeu également et font perdre le fil du temps et de l’histoire.
Dommage. Sur le papier The Occupation avait de très bonnes idées. Ceci dit, l’audace de l’innovation est à souligner et j’espère voir plus de jeux comme celui-ci proposant une problématique qui est souvent taboue sur un sujet malheureusement toujours d’actualité.

The Occupation est disponible sur PS4 et XboxOne