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Le grand attrait de Stellaris n’est pas son interface ultra-détaillée, ni même la profondeur de ses mécaniques de gameplay ou le vaste effort narratif qui accompagne le joueur au fur et à mesure que son empire se met en place, mais bel et bien la grande liberté avec laquelle le jeu propose d’aborder l’aventure palpitante d’une immense épopée de conquête spatiale.

Jeu : Stellaris: Console EditionGenre : RTSStudio : Paradox Development Portage console : Tantalus Media Editeur : Paradox Interactive Date de sortie : 6 mai 2016 sur PC – 26 février 2019 sur PS4 et XBox One Plateformes : PC, PS4 et XBox One Age : 7+ Prix conseillé : 49.99€ Testé sur: PS4 Pro


Stellaris est un RTS de grande stratégie de type 4X (Exploration, Expansion, Exploitation & Extermination) qui vous propose de construire et développer un empire intergalactique en partant de l’année 2200 jusqu’à un futur lointain de plusieurs siècles, où pourront intervenir des bouleversements radicaux à une échelle monumentale, rebattant les cartes d’un endgame où tous les retournements de situation seront envisageables. En plus de son interface instinctive et précise, le jeu bénéficie d’un traitement inspiré qui joue sur la perméabilité des genres lui octroyant une nature fluide et hybride très appréciable. Il intègre au gameplay stratégique une dimension RPG et une incarnation poussée des peuples en présence, ce qui ajoute un affect bienvenue aux problématiques que vos parties vous forceront à traverser. Passons tranquillement en revue les nombreuses qualités du titre et ses quelques défauts.


Il faut commencer petit, dans Stellaris, avec une seule planète habitable, berceau de notre empire à venir, et choisir un peuple initial autour duquel s’organiseront les objectifs de vos premières conquêtes. Ce peuple aura des caractéristiques et une philosophie générale qui serviront de lignes de conduites à vos débuts… Ces traits de caractère auront une grande influence sur les options à votre disposition pour coexister avec les empires voisins et détermineront aussi vos capacités à habiter dans tel ou tel type d’environnement. La guerre est loin d’être la seule option et tisser des liens autour d’échanges commerciaux ou de la recherche scientifique sera souvent une bonne solution pour rester en bons termes avec vos potentiels ennemis, au moins jusqu’à ce que vous ayez décidé de lancer votre premier coup de Trafalgar.


Chiens de Faïence

Les relations avec les forces en présence sont essentielles à la bonne marche de notre réussite. On cherchera, avant de se frotter aux puissances voisines, à s’établir un minimum, au moins sur le plan du territoire, mais aussi au niveau militaire et culturel. Les vaisseaux scientifiques vous permettront d’explorer de nouveaux systèmes solaires et de découvrir les sources de richesses et les planètes habitables, les vaisseaux coloniaux vous autoriseront à vous installer sur ces dernières, la flotte militaire protègera vos déplacements, notamment grâce aux patrouilles très facilement programmables. Il faudra la jouer fine lors de votre expansion : Voir trop grand sans consolider les territoires visités vous fragilisera. D’un autre côté, trop s’attarder sur la sécurisation et l’industrialisation de vos zones explorées donnera une grande longueur d’avance non négligeable à vos concurrents plus rapides. Entre les nominations des dirigeants de vos différentes colonies, les capitaines des éléments de vos flottes, les choix dans l’arborescence de vos recherches scientifiques, l’organisation des infrastructures à la surface des planètes occupées, et la conception de frégates, corvettes, croiseurs et destroyers personnalisés pour étoffer votre force de frappe, ce ne sont pas les tiroirs à ouvrir qui manquent dans Stellaris. La plupart des activités étant elles-mêmes interconnectées (pour équiper une nouvelle technologie sur les canons de vos vaisseaux, il faudra auparavant avoir effectué les recherches correspondantes, tout comme il faut faudra maîtriser les méthodes de forage spéciales pour récolter les ressources rares…), on se noie avec délectation dans les multiples strates de notre progression, tout en faisant attention à gérer avec minutie les différentes ressources nécessaires à faire tourner toutes les parties de la machine. Les métaux, les alliages l’influence (très difficile à épargner), la nourriture, les biens de consommation, les crédits énergétiques, et les ressources plus rares pourront faire partie d’échanges commerciaux automatisés, pour permettre de rééquilibrer vos revenus les plus faibles en fourguant vos ressources en surplus. Vos équipes tomberont aussi sur diverses découvertes, notamment des objets et lieux liés à des civilisations aliens anciennes, qui s’avéreront essentielles pour l’évolution de vos peuples au sein de la galaxie. Si la population met parfois du temps à venir se loger dans vos colonies et installations, n’hésitez pas (si vos croyances vous l’autorisent) à créer votre propre population robotique (mais attention à ne pas réveiller le Skynet qui est en eux). Il faudrait 800 pages pour détailler les possibilités offertes dans Stellaris pour construire votre expérience personnalisée de conquête spatiale et même si la majorité des événements-surprises sont des variantes d’un même type de situation, on se plaît à se laisser porter par les découvertes de nos équipes scientifiques ou par les inquiétudes sur le terrain de nos forces militaires.


Une Question de Choix

Toutes les décisions que vous prendrez au cours de votre partie auront un impact à plus ou moins long terme sur le destin de votre population, du respect des programmes annoncés par les présidents élus aux réponses aux demandes des civilisations voisines en passant par votre attitude envers les découvertes faites par vos scientifiques et il vaudra mieux être en accord avec les préceptes que vous aurez prônés si vous ne voulez pas vous retrouver confronté à des rébellions menées par les factions dissidentes qui émergeront de vos errements politiques. Le niveau de gestion étant d’une profondeur abyssale, se raccrocher à des principes généraux permettra de s’orienter plus sereinement au sein de vos prises de positions. Endiguer le chômage, assurer la sécurité des populations, diriger des recherches en sciences sociales qui soient cohérentes avec vos prétentions politiques, tous ces aspects entrent en ligne de compte pour être à la tête d’une société saine et stable. Plus vous serez fidèle à vos engagements de départ et moins vous aurez à vous soucier de vous retrouver avec des ennemis venus de l’intérieur.


Le Grain de Sable dans l’Engrenage

Et puis, bien sûr, il y a les événements imprévisibles qui vous forceront à repenser vos stratégies et sur ce point, le talent des développeurs laisse le champ libre à des situations inattendues, particulièrement perverses dans certains cas. De nombreux perturbations viendront petit à petit tester la solidité de votre empire. Les revirements politiques, l’écrasement des puissances les plus écrasables, les répressions des soulèvements populaires et les guerres froides commerciales seront autant de recours difficiles à éviter quand les choses commenceront à déraper. Le jeu est aussi conçu de telle manière que sur la période du endgame, où l’une des forces en présence a généralement une mainmise absolue sur les territoires, au point qu’il devient impossible en l’état d’espérer la mettre en difficulté, des événements globaux de large ampleur viennent donner la possibilité au joueur d’exploiter les bouleversements en question pour faire basculer le pouvoir dominant en place. C’est une belle façon de donner un nouveau souffle au jeu quand il paraît être définitivement verrouillé, et un exemple en terme de souplesse narrative.


Le Silence Éternel des Espaces Infinis, Mais Frais…

Les puristes hurleront que ça n’a aucune importance, mais n’en étant pas un, je regrette un peu l’aspect très statique du gameplay, la variété des images proposées sur les micro-événements a beau être très agréable, sur la longueur, l’austérité en terme d’animations laisse un léger arrière-goût de monotonie. Les aller-retours permanents d’un système à un autre peuvent s’avérer un tantinet confus sur la longueur notamment quand notre empire commence à s’étendre sur plus d’une centaine de systèmes différents. C’est là où quelques animations et designs supplémentaires auraient pu aider à dynamiser un peu l’expérience globale. Cela dit, malgré ces écueils, l’organisation visuelle générale du jeu est par aileurs l’un de ses grands atouts. La surcharge d’informations, inhérente à ce genre de jeux, est ici gérée avec intelligence et raffinement. La simplicité des barres de menu, confortablement rangées aux quatre côtés de l’écran (les ressources en haut, les menus de gestion à gauche, les planètes et vaisseaux à droite et une “hotbar” d’accès rapide aux actions urgentes en bas) rend la navigation très ergonomique, élément d’autant plus appréciable sur cette édition console, où on sent parfois que la passage de souris/clavier à manette n’a pas été facile. Les musiques, que l’on peut lancer, arrêter et sélectionner très facilement depuis un lecteur dédié savent se faire discrète tout en habillant élégamment nos longues heures de gameplay. On peut s’agacer par moments du surgissement permanent d’alertes d’événements qui, quand elles poppent juste à l’instant où nous allions valider quelque chose, sont du coup balayées d’un clic involontaire, mais on peut dans le pire des cas, retrouver un historique de ce qu’on a éventuellement raté à cause de cette maladresse à laquelle le jeu vous pousse régulièrement.


Avec son interface soignée et sa grande richesse d’options, Stellaris est une véritable réussite dans son genre bien spécifique et propose des mécaniques qu’on espère voir se généraliser tant elles sont agréables à pratiquer. Tout en ne négligeant jamais la profondeur de son gameplay, le jeu de Paradox parvient à toujours donner corps à nos aventures en prenant soin d’incarner au maximum tous les aspects de notre épopée et de sa population grégaire. Ce grand écart opéré entre les détails ultra-poussés de toutes les facettes politiques, militaires, et scientifiques et cette sensation de clarté des enjeux est une prouesse qui porte Stellaris dans une zone où confort de jeu et intérêt narratif cohabitent naturellement. Évidemment, Stellaris s’adresse à des joueurs amateurs de RTS de ce type et ses efforts d’ergonomie ne rendent pas pour autant le jeu très accessible au néophytes mais il entrouvrira néanmoins la porte à défaut de la laisser grande ouverte. L’expérience de Stellaris se révèle hautement addictive, et les multiples réglages de paramètres que vous pourrez appliquer à vos parties autorisent en plus une personnalisation très poussée. Rarement les jeux de stratégie du genre visent aussi juste dans les dosages de leur formule et le délicat mélange avec des éléments venus du RPG (le craft des vaisseaux, les options de dialogues avec les voisins, l’orientation des recherches…) fonctionne à merveille. Stellaris, même s’il se révèle un peu terne et limité visuellement, du moins sur la longueur, est un fier représentant de son genre, à la fois pointu et maniable, aussi profond que vivant, et sa grande rejouabilité en fait un must-have pour tout stratège digne de ce nom.

Jouez à Stellaris sur PS4 ou sur Xbox One

[TEST]Stellaris : Une épopée RTS profonde et solide
Graphismes6
Musique7
Gameplay9
Profondeur des mécaniques10
Ergonomie10
Lore10
8.7La note sur 10
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