Death's Door
Death's Door

[TEST]Death’s Door Un Esprit Sain Dans Un Corbeau

Temps de lecture estimé 6 minutes

Après son petit coup de génie Titan Souls, un Zelda-like où les seuls ennemis étaient des boss tous tuables en un simple one-shot qu’il fallait cependant réussir à bien placer, Acid Nerve revient avec Death’s Door, qui reprend la formule, l’enrichit et l’affine, tant en termes de mécanique qu’au niveau visuel.

Jeu : Death’s DoorGenre : Action RPG / vue isométrique Studio : Acid Nerve Editeur : Devolver Digital Date de sortie : 20 juillet 2021 Plateformes : Steam, Epic Games Store, XBox Series X-S PEGI 12 Testé sur : PC Prix conseillé : 19,99€


Vous êtes un des corbeaux chargés par l’organisation officielle de la moisson des âmes d’aller récupérer celles qui manquent à l’appel afin qu’elles soient recyclées. Dès votre arrivée dans les locaux sombres et délabrés de la “Commission”, l’ambiance s’installe par le biais de détails d’une grande finesse. Le postulat de départ est promptement expliqué et vous voilà très vite devant la première porte. Les fameuses portes, points de passage stratégiques au centre du jeu, serviront à la fois de points de voyage rapide, de restauration et de sauvegarde tout au long de vos aventures. Tout oiseau que vous êtes, vous êtes néanmoins doté d’une petite épée rougeoyante assez efficace, d’un arc et d’un carquois dont les quelques flèches se rempliront dès que vous attaquerez vos ennemis au contact. Peu de temps après, la nature réelle de votre tâche vous est révélée et les heures qui suivront vous entraîneront sur les pistes de trois grands adversaires, dont vous devrez traverser les territoires hostiles avant de pouvoir les affronter.


Porte à Porte

La découverte des différentes régions de Death’s Door est un pur délice. Tout dans ce RPG d’action en vue isométrique est bourré de charme. Le dessin ciselé, oscillant entre une tendresse bienveillante et une angoisse retenue, donne vie à des personnages qui s’avèrent tous attachants et marquants, et des mobs instantanément identifiables. Il est toujours d’emblée très évident de comprendre la manière de les appréhender tout en faisant montre de move-sets souvent assez originaux. Les trésors cachés, les énigmes environnementales, les zones inaccessibles sans tel ou tel équipement et les charnières entre régions seront immédiatement intelligibles et alléchants pour les joueurs habitués aux Metroïd-likes. Entre les jardins à la versaillaise au fond desquels trône le manoir d’une sorcière obsédée par les pots, le temple engoncé dans la végétation tropicale d’une forêt mystérieuse, antichambre d’une forteresse enfouie dans les marais où se terre un crapaud trumpiste, jusqu’à un village maritime surplombé par un château perché au sommet d’un pic enneigé, les décors traversés pendant l’aventure ont tous leur propre atmosphère, leur propre identité, parfaitement travaillée. Au sein de ses paysages, vous devrez vous battre, tout le temps ; réfléchir, souvent ; et faire des paquets d’aller-retours (parfois un peu pénibles, avouons-le) avant de déverrouiller tous les secrets de l’univers du jeu. Tuer des ennemis vous rapportera des points (de l’énergie animique, pour être précis, aussi trouvable sous forme d’orbes concentrés, plus rémunérateurs, mais plus difficiles d’accès) que vous pourrez échanger contre différents upgrades de votre personnage (aller plus vite, taper plus fort, esquiver plus souvent, etc). Des temples planqués dans la nature vous octroieront la perspective d’augmenter votre vie maximum et le nombre de projectiles possibles. Le seul moyen que vous aurez de remplir votre jauge de vie sera d’utiliser des graines de vie, dispersées dans les niveaux, que vous devrez ensuite planter dans des pots de fleurs fixes, situés généralement non loin de là. Ces plantes ne seront utilisables qu’une fois entre chaque mort ou chaque voyage dans un monde. Sans être spécialement corsé, la courbe de difficulté de Death’s Door pourrait avoir raison des joueurs les moins motivés, en particulier quand le jeu exige de maîtriser simultanément plusieurs des techniques de base au cœur d’affrontements très peuplés en termes d’ennemis. Une certaine injustice existe sur les actions se déroulant à l’arrière de certains ennemis à la taille imposante (comme les boss, évidemment), où il sera parfois difficile de bien visualiser vos gestes et votre position, rendant les esquives très compliquées à opérer et autorisant régulièrement de manière très injuste vos adversaires à vous frapper sans que vous puissiez réellement réagir. La meilleure méthode reste d’éviter à tout prix de se retrouver sous cet angle trop traître pour être un élément amusant de gameplay. Quant à la mort, elle s’avère par contre sans grande conséquence et vous fera réapparaître à la porte la plus proche, sans vous faire perdre grand-chose à part du temps et des portes seront systématiquement présentes juste au seuil des combats les plus difficiles. Comparer Death’s Door à des jeux de type Dark Souls est donc peu judicieux et même si apprendre les patterns des combats de boss sera indispensable pour en venir à bout, le jeu d’Acid Nerve est néanmoins loin d’être trop sévère ou abusivement punitif, si toutefois les jeux sur le mode Die & Retry ne vous effraient pas.


Under My Umbrella

Le combat de Death’s Door n’a rien de particulièrement génial, mais il est simple et efficace. Un bel exemple du fameux “Easy to learn, hard to master” (facile à apprendre, difficile à maîtriser). Il suffit d’ajouter à cette combinaison d’agréables sensations d’esquive et des marqueurs de frappe percutants pour arriver à un cocktail qui vous portera aisément au-delà de la dizaine d’heures nécessaire pour accomplir la quête principale. Cinq ou six heures supplémentaires vous permettront de débloquer les mystères restants et d’obtenir la “vraie” fin du jeu. Une attaque au corps-à-corps, que l’on peut charger au besoin, une roulade pratique pour éviter les coups ennemis, un combo roulade-attaque plus puissant et un panel d’armes à distance, à récupérer tout au long du jeu (arc, bombes, grappin et sort de feu) seront vos meilleurs alliés lors des innombrables rixes qui vous attendent. Quatre armes de corps-à-corps au total, elles aussi trouvables en jeu, viendront s’ajouter à votre épée de base. Les différences entre ces dernières ne sont pas suffisamment marquées pour mériter une longue réflexion ou des changements fréquents, mais il y en aura forcément une avec laquelle vous vous sentirez plus à l’aise. Pour les plus psychopathes d’entre nous, le jeu propose parmi ces armes un simple parapluie, aux dégâts dérisoires, accompagné d’un succès demandant de finir le jeu en ne servant que de ce dernier… Cette petite panoplie d’actions de combat de base vient agir en miroir de monstres et de boss qui vous forceront à faire usage de la majeure partie des mouvements disponibles. On connaissait déjà l’attrait d’Acid Nerve pour les combats de boss stratégiques, le studio confirme ici sa volonté de proposer des affrontements toniques et scénarisés, avec plusieurs phases distinctes. On retrouve d’ailleurs dans Death’s Door quelques boss directement importés (et joliment re-travaillés) de Titan Souls. La “vraie” fin du jeu aidera à comprendre pourquoi.


Corback ‘n’ Slash

Avec son univers soigné, son combat tout-terrain et son mélange mesuré de RPG, d’exploration, d’énigmes basiques et de combat, Death’s Door ne joue sur aucune touche inédite du piano du genre, mais s’avère être un véritable virtuose dans son interprétation de la partition. Sa musique, d’ailleurs, dynamique, alternant les cordes guillerettes et les claviers sombres et élégants selon les paysages, sera aussi un des meilleurs moyens de savoir que vous êtes ciblé par des ennemis encore invisibles à l’écran. Non seulement la direction artistique de Death’s Door est admirable et son gameplay très addictif, mais il y a de quoi être encore plus soufflé par la qualité du titre quand on sait que seuls deux développeurs constituent la totalité du studio. Mark Foster est auteur, concepteur, développeur technique et animateur et David Fenn s’occupe de la composition musicale, de la production sonore et de la production exécutive du titre. Ils ont néanmoins collaboré avec des artistes indépendants pour compléter leur très joli jeu. L’aspect bouts de ficelles et huile de coude était relativement visible sur leur premier titre, mais nous sommes avec Death’s Door sur un jeu qui tient la dragée haute à bon nombre de jeux indépendants développés par des équipes beaucoup plus nombreuses. Exclusivité XBox et PC, le jeu est curieusement absent du Game Pass, alors qu’il coche toutes les cases du candidat typique, mais même sans ça, Death’s Door et son atmosphère unique se pose en petit classique instantané qui renforce un line-up Microsoft qui se solidifie de mois en mois. Death’s Door restera dans les mémoires des férus du genre et entrouvre une parfaite porte d’entrée pour ceux qui voudraient s’y essayer pour la première fois.

[TEST]Death’s Door Un Esprit Sain Dans Un Corbeau
Graphismes
9
Musiques / sons
9
Narration
8
Gameplay
9
Réalisation / Originalité
10
Note des lecteurs0 Note
0
9