Stranger of paradise : Chaos

[TEST] Stranger of paradise : Final Fantasy Origin

Temps de lecture estimé 7 minutes

Il y a 35 ans sortait sur NES le tout premier Final Fantasy. Quatre Guerriers de Lumière devaient alors restaurer l’éclat des cristaux gouvernant les éléments. Depuis, la franchise de Square Enix a bien grandi, avec des opus nombreux qui jouent sur une grande diversité de gameplays, des mondes variés et des narrations qui ont fait rêver des millions de joueurs et joueuses. En développant Stranger of paradise : Final Fantasy Origin, les studios Team Ninjas (Nioh, Dead or Alive…) ont tenté de revenir aux origines de la saga avec un préquel du premier jeu, ce qui devait séduire de nombreux fans de la franchise. Alors, pourquoi j’ai cette amertume dans la bouche ?

Jeu : Stranger of paradise : Final Fantasy Origin Genre : Action RPGStudio : Koei Tecmo Games / Team NinjaEditeur : Square EnixDate de sortie : 18 mars 2022Plateformes : PC, PS4/PS5, XBox Series Prix conseillé : 59,99€

La toute première condition pour apprécier le jeu (en fait juste pour pouvoir y jouer), c’est d’avoir une machine robuste. Si vous êtes sur console, ça devrait bien se passer ; le portage PC en revanche pourrait vous donner des sueurs froides. Le jeu est gourmand et ne vous donne pas grand-chose en retour. Visuellement, le jeu fait pâle figure avec sa 3D datée, à travers des scènes très inégales, allant de la belle cinématique bien léchée, bien éclairée, à la scène de combat qui rame, aux textures floues et crénelées, plongées dans l’ombre, avec des temps de chargement qui vous donnerons moult occasions de vous ronger les ongles. La vérité, c’est qu’il vous faut une machine bien montée pour faire tourner dignement Stranger of paradise : Final Fantasy Origin, mais persévérez tout de même, des utilisateurs ont cherché et trouvé quels réglages graphiques optimiseront votre expérience de ce côté-là.

L'explosion d'âme.
Le “Soul Burst” : la mécanique qui met le feu aux poudres de ton PC.

La seconde condition, c’est de ne pas être trop regardant·e sur le lore et la narration : l’indulgence sera votre amie et les multiples écueils de la DA pourraient aussi bien vous faire sourire. Et, au surplus, la plupart de ses partis-pris se justifient vis-à-vis du scénario du jeu. Il vous faudra juste 15 heures pour le comprendre.

Quelle exploration ?

Certains donjons sont vastes, avec une hauteur sous plafond cathédralesque et des forêts de piliers monumentaux, mais ils ne vous laisseront pas un souvenir impérissable. Ils ne sont pas franchement beaux et sont construits comme des dédales vaguement compliqués à parcourir avec quelques coffres dans les coins. C’est grand, mais c’est vide. C’est que le jeu est conçu en couloirs, ce n’est pas un monde ouvert, ce sont des lignes droites (disons des lignes un peu alambiquées) qui vous mènent à votre prochain combat. La carte du monde n’est pas du tout explorable à loisir et se lancer dans les quêtes secondaires consistera à rejouer dans les mêmes lieux précédemment découverts, mais avec des objectifs différents.

Stranger of paradise : des décors grands, vides et mal éclairés
On n’y voit goutte.

Vous croiserez le bestiaire chéri de la franchise et les boss vous challengeront comme il se doit mais admettez dès maintenant que tout ce qui devrait être dantesque, magnifique, colossal, sera irrémédiablement rabougri par des dialogues risibles et une narration gênante.

Jack répète qu'il veut éliminer Chaos.
Jack souffre de psittacisme.

Quelle narration ?

Sauf erreur de ma part, celleux qui se sont le plus amusé ont coupé court aux dialogues, extraordinairement indigents. Le lore est évoqué par petits jets, les PNJ sont des girouettes aux convictions bien molles, le héros grogne et répète en boucle les deux mêmes mots tandis que ses comparses nous infligent les mêmes poncifs du side-kick (pas vraiment) marrant et de la demoiselle un peu sotte mais super forte malgré son physique de demi-spaghetti et son charisme de boite à chaussures. On ne sait pas d’où ils viennent pendant une bonne moitié du jeu, on sait à peine où ils vont, ils n’ont pas vraiment d’histoire, pas de personnalité. Le scénario colle au plus près (façon boucle temporelle) au jeu dont il est le préquel dans cette origin story du personnage de Garland, en mélangeant les détours difficiles à suivre et le pur copié-collé. Le mélange des univers modernes et futuristes et certains gags vous feront grincer des dents. Là aussi, le « scenario » justifie cette dissonance, puisque nos héros ont perdu la mémoire et qu’ils ont été propulsés par des entités à l’éthique un peu faiblarde dans un monde qui n’est pas le leur, mais quand on le comprend c’est trop tard, on a déjà décidé que ce n’était pas drôle.

La première partie vous semblera donc particulièrement bateau, mais se réveille après une dizaine d’heures, avec, enfin, des propositions scénaristiques plus ou moins téléphonées. Le souci c’est que le jeu se prend très au sérieux, et vous aurez du mal à vous départir de cette sensation d’évoluer dans un vaste navet narratif. On a pourtant très envie de s’investir dans cette aventure ! Pourquoi cette ellipse « ils durent aller combattre des monstres » au lieu de nous faire combattre des monstres ? Pourquoi gagner du temps sur la narration avec ces 8 lignes de lore sur un encart noir pour en perdre dix fois plus avec ces cinématiques d’entrée et de sortie de chaque donjon ?

Pour apprécier cet opus il faut donc admettre que le lore et la narration ne sont qu’un habillage, un chemin un peu ennuyeux qui vous amène au cœur du jeu : ses combats.

Le gameplay : faites vos jeux !

Il est là le point fort de Stranger of paradise : Final Fantasy Origin : son gameplay RPG poussé au taquet et taillé pour la bagarre.

Le menu « paramètres de combat » attirera toute votre attention : c’est la forge qui vous permettra de personnaliser votre style de jeu. En vrai, ça confine à l’usine à gaz et il n’y a pas vraiment d’enjeux à améliorer son équipement, ça se fait tout seul, toutes les 10 minutes, à chaque fois que vous poussez une porte ou que vous défoncez un mob un peu gros. L’optimisation peut être automatisée et vous ne manquerez jamais de rien, la tension du gameplay se focalise vraiment sur les combats en eux-mêmes : découvrez les mille et une façons de trancher, saucer, taillader, exterminer les créatures que vous rencontrerez. Vous devrez vous adapter à chaque ennemi, le lire, le comprendre et saisir les meilleures chances d’en venir à bout, la difficulté étant réelle. Vous pouvez rouler sur le jeu en mode « Flegme », option « Sûreté », mais si vous voulez vraiment saisir l’essence du jeu, montez la difficulté, c’est là que se révèlent les facettes les plus prenantes de Stranger of paradise : Final Fantasy Origin !

Parlons mécaniques, au pluriel, parce que le gameplay de ce jeu est un assemblage de différentes techniques. Le jeu offre un tuto très fourni et vous aurez à assimiler un grand nombre d’informations dès les premières missions. Si vous arrivez à tenir le coup face au déluge de techniques à comprendre, alors vous allez vous amuser (sinon, non).

La première couche : Égide spirituelle et Explosion d’âme. Il s’agit de la principale mécanique de combat ; l’Égide Spirituelle est une garde redoutable qui vous permet de restaurer votre Mana pour toujours plus de fureur et des combos à gogo, amener l’ennemi en guard break pour un finish haut en couleurs et même absorber une de ses attaques pour pouvoir l’utiliser ensuite. Mais attention, cette technique entame votre propre jauge de structure, il faudra donc millimétrer votre timing. Gardez la tête froide !

Seconde couche : l’équipement. Dans Stranger of paradise : Final Fantasy Origin, vous n’améliorez pas à proprement parler votre personnage mais son équipement et son job, qui possèdent leurs propres niveaux et sont interdépendants. Comme dit plus haut vous aurez du loot tout autour du ventre, il faut donc trier, démanteler et toujours optimiser. Vos équipements améliorent votre affinité avec certains emplois, c’est toujours bon à prendre mais dans l’ensemble, il faut surtout le choisir en fonction des bonus qu’il vous apporte. Votre personnage changera de chemise comme de chemise, tous les quarts d’heure environ et vous n’aurez pas vraiment le temps de vous attacher à telle ou telle livrée, ce n’est vraiment pas dans votre intérêt : vous trouverez mieux ailleurs, attendez quelques minutes…

Troisième couche : les classes, ou « jobs ». Chaque job (lancier, mage, maraudeur, gladiateur…) possède plusieurs niveaux de maitrise (basique, intermédiaire ou expert) et ouvre la voie à de nombreuses compétences et combos, à travers des arbres de compétences pour chaque classe que vous déverrouillerez à votre guise. Vous pouvez vous spécialiser sur plusieurs jobs, attribuer à vos combos les commandes que vous voulez et, au cours d’un même combat switcher de l’un à l’autre. Voilà enfin résolu le dilemme séculaire du « magie vs épée vs corps à corps » : vous POUVEZ faire tout ça EN MÊME TEMPS… Le jeu vous invite à sortir de votre zone de confort, tester de nouvelles compétences et adopter des techniques différentes. Une fois le jeu terminé, vous pourrez encore monter de niveaux (plafonnés initialement à 30, vous pourrez ensuite monter jusqu’à 99) et refaire votre progression face à des ennemis encore plus chauds, avec des poings encore plus rageurs, ce qui accorde une durée de vie très honorable à cet opus.

Quatrième couche : les compagnons. Vous croiserez au fil de votre aventure quatre gaillard et gaillardes qui proposeront spontanément de vous suivre pour détruire Chaos… Ils possèdent leurs niveaux, leurs équipements, leurs jobs… Vous pourrez choisir parmi eux les deux qui vous assisteront en combat et vous aurez la possibilité de leur demander de se « mettre en résonance » (aka se sortir les doigts) pour relever leur niveau de jeu. Vous ne pouvez pas les contrôler, mais leur IA est acceptable.

D’autres mécanismes entrent en jeu, comme les attaques élémentaires et les altérations d’état, les techniques spéciales et l’illumination, les mécaniques propres à chaque job ou chaque équipement… Le cœur du jeu est donc dans son gameplay, au détriment, malheureusement, de son ambiance et de son récit.

Un mystérieux méchant...
Le ridicule ne tue pas… mais votre épée légendaire si !

Conclusion

Oui, le jeu est moche. Et en plus il est touffu, fouillis et mal raconté MAIS si vous avez la peau assez épaisse pour passer outre, alors vous vous amuserez, sans aucun doute, et assez longtemps en plus ! Le début de jeu est franchement rédhibitoire mais les heures qui passent vous feront oublier, peut-être, votre peine – on s’habitue à tout, l’humain est ainsi fait. Sa narration débile vous offrira en réalité un boulevard de réflexion cérébrale bien intense, avec un gameplay aussi brutal que subtil. On espère que vous aimez les paradoxes.

[TEST] Stranger of paradise : Final Fantasy Origin
Animation, graphismes, direction artistique
2.5
Narration
1
Sound design
5
Gameplay
7.5
Difficulté / challenge
7.5
Le gameplay : sérieux et fourni.
L'univers Final Fantasy bien présent.
Les combats.
La narration, écrite par un bot.
Les personnages, oubliables, heureusement.
La DA, franchement malaisante.
4.7