ELEX Développeur : Pyranha Bytes Éditeur : THQ Nordic. Distribué par Just For Games

Après une quinzaine d’heures à rôder dans l’open world d’Elex, le nouveau action-RPG de Pyranha Bytes, force est de constater que l’héritage technique plombé (et plombant) des sagas Risen et Gothic vient malheureusement ternir une expérience qui aurait, sans ces lourdeurs insupportables, toute l’aura d’un grand RPG old-school, dont les choix moraux et l’univers en forme de patchwork baroque aux influences multiples rappellent parfois les grandes heures des deux premiers Fallout.

ELEX en vrille, ELEX en vrac

Après s’être écrasé sur la surface de Magalan, notre héros arpente une planète autrefois semblable à la Terre mais qui, depuis qu’elle a été ravagée par l’impact d’une immense météorite, est en proie à de multiples guerres de factions, chacune tentant de faire valoir sa vision quant à l’utilisation de l’elex, la matière énergétique répandue à travers le monde à la suite de la catastrophe.

L’elex est à la fois le problème et la solution pour les quatre factions sur Magalan.
Les Berserkers : des vikings technophobes ayant juré de faire triompher de nouveau la nature, le convertissent en mana, qu’ils utilisent pour leur magie.
Les clercs : adeptes de technologies en tous genres, s’en servent comme d’un carburant.
Les Hors-la-lois :  voyant dans l’elex une simple drogue, qu’ils s’injectent ou vendent pour soutenir les finances de leur organisation anarchique.
Les Albes : une race inquiétante de guerriers à qui la consommation particulièrement agressive d’elex a retiré toute émotion, et qui font tout pour s’arroger un contrôle totale de la fameuse matière.
Notre héros faisait partie de cette contingence militaire avant d’en être la cible pour des raisons qu’il lui faudra découvrir.

ELEX Overdose

L’open world riche et foisonnant que propose le jeu est l’illustration de cette lutte de pouvoir entre factions, chaque zone se révélant le fief de l’une d’elles. La région d’Edan, à la nature verdoyante, est le territoire des Berserkers, et aussi par la force des choses le point d’ancrage du joueur dans l’aventure. Avec sa capitale Goliet et ses maisonnettes médiévales, perchées sur une montagne abrupte, elle est entourée de “coeurs de monde”, d’énormes graines aux entrailles rougeoyantes, chargées d’extraire l’elex du sol pour permettre à la nature de reprendre ses droits.
Le désert Tavar est la partie mad max de la map, vaste étendue hostile aux accents New Vegasiens, et la chasse gardée des Hors-la-lois.
Les habitants des vallées d’Abessa ont le regard tourné vers la cité des Clercs et son dôme protecteur infranchissable.

L’univers manque certes d’une certaine cohérence, mais la juxtaposition d’ambiances parfois aux antipodes les unes des autres fonctionne par moment à la perfection, notamment grâce à une topologie variée, une verticalité très bien exploitée,  offertes aux explorations en jetpack, et une répartition intelligente de pnjs et de passages plus ou moins secrets ou bien gardés qui réservent à chaque fois bon nombre de surprises.

ELEX : rpg à l’ancienne, mais technique archaïque

Où l’on peut choisir d’aller où on veut quand on le souhaite, de tuer n’importe quel personnage à notre guise, lançant à chaque choix des répercussions sur de nombreux axes narratifs, et modifiant la nature des relations entre les clans. Mais cette  liberté est malheureusement bridée de manière relativement injuste par une difficulté absurde parasitant ce qui aurait été autrement la plus belle réussite du jeu : l’exploration.

Quand un Fallout, un Elder Scrolls ou un Divinity vous donnera la même liberté, il guidera en creux vos orientations en positionnant des ennemis de force différentes dans les zones accessibles pour vous diriger indirectement vers une destination où vous pourrez progresser sans trop souffrir.

Ici, Elex semble avoir oublié de laisser des axes praticables en bas level. Peu importe où vous déciderez d’aller au début de votre aventure, vous croiserez immédiatement des ennemis qui vous one-shoteront joyeusement toutes les deux minutes. Aucune indication dans le journal de quêtes ne permet de savoir si l’une est plus accessible qu’une autre, il faudra donc les tenter une à une à l’aveugle, en fuyant à coups de roulades et de jetpack avec aux fesses une horde permanente qui vous poursuivra sans relâche, rendant impossible tout moment de calme pour apprécier les décors pourtant très inspirés.

Tu leveleras quand tu pourras (et tu pourras pas souvent…)

On se dit alors qu’il faut rapidement prendre du niveau pour pouvoir espérer explorer en paix, mais on déchante vite quand on voit les pré-requis exorbitants nécessaires aux améliorations d’armes ou d’équipement.
Une fois trouvé l’instructeur qui peut vous apprendre une compétence, encore vous faudra-t-il réunir la somme astronomique d’elex nécessaire à son acquisition, et avoir un point de compétence à dépenser… Vous avez tout ça ? Zut, il vous aussi un point d’apprentissage. C’est bon ? Encore faut-il avoir 40 ou 50 points de stats supplémentaires pour obtenir des compétences souvent complètement basiques.

Après 15 heures de jeu, je commence à peine à pouvoir me débarrasser sans trop de peine des mobs de base. Ce leveling absurde prive au passage le joueur de la majorité des mécaniques de jeu avant qu’il ait au moins atteint le niveau 10 (soit 12 heures de jeu environ en difficulté normale).

Si les combats étaient amusants et techniquement aboutis, cette difficulté serait un challenge intéressant, malheureusement, le système de combat, héritage malvenu des saga Gothic et Risen, est à pleurer de lourdeur.

Imaginez-vous propulsés dans les dernières zones d’un Dark Souls avec un personnage niveau 1 en slip et une manette défectueuse dans les mains. Un coup rapide, un coup puissant, une parade et une esquive, et un vague système de combo autorisant une attaque spéciale, faisant à peine plus de dégâts, c’est à peu près tout ce que le jeu propose. Et ce serait peut-être suffisant pour prendre un peu de plaisir si le cool down lié à la consommation de stamina ne venait pas enfoncer le rythme déjà très arthritique des combats.

A cela s’ajoutent des moments de latence insupportables qui surviennent à la suite d’une prise de potion ou d’un saut en jetpack, empêchant toute action immédiate et vous vous arracherez rapidement les cheveux aux cours de combats où votre personnage ne suivra que rarement les ordres donnés, ou les suivra trop tard une fois sur deux.

Un système de lock, censé vous aider, viendra perturber un peu plus votre coordination, puisque le héros ratera de toute façon régulièrement les ennemis qu’il a verrouillé. Oh et une autre excellente idée, la même touche pour courir et se mettre en position de stealth, qui vous fera tuer à moultes occasions lors de vos tentatives de fuites.

Un long moment de solitude

Les différents compagnons que vous croiserez ne vous seront pas non plus d’une grande utilité. Quand ils veulent bien remplir leur fonction de catalyseur d’agro, ils vous permettront de balancer quelques précieux coups dans le dos des ennemis, mais c’est bien sûr selon leur propre volonté. De temps en temps, ils se conteront de tourner en courant autour de vous en vous regardant vous faire massacrer, et ça, c’est quand ils veulent bien se pointer tout court au combat.

J’aimerais pouvoir dire que leur soutien est néanmoins moral, mais ce n’est pas vraiment le cas non plus.
Après quatre heures à bourlinguer dans la nature avec mon compagnon Falk, un Clerc itinérant, il continue de me répondre qu’il “doit réfléchir à la question” quand je lui demande si ça va. Quand je rejoins les séparatistes Albes et qu’une longue discussion révèle la nature de mes origines, le tout devant mon compagnon Berserker Duras, ce dernier n’a rien de spécial à dire sur le fait que j’appartiens au clan des ennemis jurés de la planète entière.

L’aspect moral des choix proposés au joueur pendant l’aventure est plutôt réussi, si l’on fait abstraction des dialogues souvent mal écrits et répétitifs, des animations faciales en terre glaise et des doublages peu incarnés.
L’antagonisme des factions est une composante qui rend la politique du monde réellement vivante, et affecte directement la façon dont vous serez perçu, mais les pré-requi pour rejoindre officiellement une factions sont là aussi tellement nombreux qu’on perd vite patience et l’on préférera arpenter les contrées sauvages en cochant par ci par là quelques cases dans les quêtes correspondantes dans l’espoir lointain d’arriver un jour à remplir les critères demandés.

ELEX : Les choix techniques plus agressifs que les mobs


Si l’on met tout ça en perspective, on peut se dire que les défauts liés au combat et aux mécaniques de leveling peuvent être contrebalancés par la qualité apportée aux détails du monde explorable, à la richesse des topographies et aux multiples surprises qui nous attendent derrière chaque colline, mais la technique médiocre du jeu ne vous laissera pas vous en tirer aussi facilement.

La même touche servant à la collecte de loot et à des actions comme s’asseoir sur une chaise ou parler à son compagnon, je vous laisse imaginer le nombre de fois où vous vous assiérez involontairement sur des chaises longues en voulant simplement ramasser un rouleau de papier toilette posé à côté (oui, on loot beaucoup de PQ, dans ce jeu, vous êtes libres de l’interpréter comme bon vous semble).

Vous détesterez aussi régulièrement vos compagnons qui se jetteront devant vous pendant un ramassage de loot, déclenchant la fenêtre de dialogue qu’on ne peut fermer qu’en choisissant l’option de la dernière ligne… Et bien entendu, le jeu refuse que vous lootiez avec une arme à la main.

J’allais oublier les autosaves foireuses qui vous obligent à en recharger des antérieures, les quêtes buggées (impossibles à abandonner dans le journal pour les relancer), les menus de coffres qui freezent une fois sur deux (pratique quand vous n’avez que quelques secondes pour vider un coffre dans un sous-sol irradié), l’impossibilité de laisser les repères de plusieurs quêtes à la fois sur la map, la mini-map qui n’indique rien à part le nord et l’objectif actuel (et les mobs mais que de temps en temps, allez savoir pourquoi…).

ELEX : Quelques grammes de finesses dans un monde de bugs

Et pourtant, malgré ce gros tas de défauts, je n’arrive pas à trouver le jeu antipathique.
Je vais continuer à explorer la grande carte / patchwork et j’ai toujours envie d’en visiter les moindres recoins. Pourquoi ? me demanderez-vous… Peut-être parce que malgré ses déficiences techniques poisseuses, ses chutes de framerate dès qu’on a plus de 5 ennemis au même endroit (testé sur PS4 Pro) et son manque flagrant de polissage, Elex exhale un parfum de bonne volonté dans son univers qu’on ne retrouve finalement plus tellement dans beaucoup de rpg actuels.

Je faisais quelques références à Fallout pour parler de la liberté générale laissée au joueur, Elex est bien plus proche de Fallout 1 et 2 que des suites Bethesdiennes. Sans atteindre l’éventail de nuances d’un Divinity Original Sin ou d’un Pillars of Eternity, Elex arrive à proposer une interaction plus radicale et libre que dans un The Witcher ou dans Fallout 4.

Les rôlistes acharnés, s’ils arrivent à passer outre les innombrables défauts du jeu, y trouveront peut-être leur bonheur. L’exploration, le vrai point fort d’Elex étant déjà palpitante en tant que victime low level désignée, j’attendrai quelques dizaines d’heures supplémentaires pour voir si une fois paré d’un personnage plus robuste, elle ne trouvera pas son plein potentiel. Avec quelques armes à feu en poche et une dizaine de compétences supplémentaires, la vie sera sûrement plus supportable au sein des contrées de Magalan.

Mais il y a peu de chances que mon avis change beaucoup sur ce jeu lourdement handicapé par sa technique archaïque. Elex aurait pu être un très bon rpg, avec un monde nuancé et bigarré, et un open world excitant, souvent sublime graphiquement (malgré des textures parfois trop rugueuses), mais il se retrouve enterré sous le poids mort d’une conception paresseuse et de mécaniques absurdes, étouffé par un système de combat triste et mou, qui refuse en plus à ses joueurs de profiter librement de ses rares mais réelles qualités.

Je referai un point une fois le jeu terminé pour donner un avis définitif, parce que malgré tout, j’ai néanmoins envie d’en voir la fin.

Pour vous faire votre propre avis sur Elex et vivre une grande aventure, Elex est disponible dans le catalogue Just For Games

 

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A propos de l'auteur

Élevé dès son plus jeune âge par des loups dans une forêt des Alpes, Malik eut la chance que sa fratrie canine adoptive soit adepte de jeux vidéo. Quand il n’était pas obligé d’aller dévorer des brebis en famille, il aimait hurler à la lune devant sa console de jeu. Ça a commencé avec une NES en 1985, ça continue avec une PS4 Pro en 2017. Malik ne sachant pas parler le langage des humains, il est actuellement sans emploi.

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